Le sac morceaux choisis

Acte 3, scène 2   GERONTE, SCAPIN

GÉRONTE, mettant la tête hors du sac.- Ah, Scapin, je n’en puis plus. SCAPIN.- Ah, Monsieur, je suis tout moulu, et les épaules me font un mal épouvantable.
GÉRONTE.- Comment, c’est sur les miennes qu’il a frappé.
SCAPIN.- Nenni, Monsieur, c’était sur mon dos qu’il frappait.
GÉRONTE.- Que veux-tu dire ? J’ai bien senti les coups, et les sens bien encore.
SCAPIN.- Non, vous dis-je, ce n’est que le bout du bâton qui a été jusque sur vos épaules.
GÉRONTE.- Tu devais donc te retirer un peu plus loin, pour m’épargner…
SCAPIN lui remet la tête dans le sac.- Prenez garde. En voici un autre qui a la mine d’un étranger. (Cet endroit est de même celui du Gascon, pour le changement de langage, et le jeu de théâtre.) « Parti ! Moi courir comme une Basque, et moi ne pouvre point troufair de tout le jour sti tiable de Gironte ? » Cachez-vous bien. « Dites-moi un peu fous, monsir l’homme, s’il ve plaist, fous savoir point où l’est sti Gironte que moi cherchair ? » Non, Monsieur, je ne sais point où est Géronte.
GÉRONTE, sortant sa tête du sac.- Ah ! je suis roué.
SCAPIN.- Ah ! je suis mort.
GÉRONTE.- Pourquoi diantre faut-il qu’ils frappent sur mon dos ?
SCAPIN, lui remettant sa tête dans le sac.- Prenez garde, voici une demi-douzaine de soldats tout ensemble.
(Il contrefait plusieurs personnes ensemble.)« Allons, tâchons à trouver ce Géronte, cherchons partout. N’épargnons point nos pas. Courons toute la ville. N’oublions aucun lieu. Visitons tout. Furetons de tous les côtés. Par où irons-nous ? Tournons par là. Non, par Ici. À gauche. À droit. Nenni. Si fait. » Cachez-vous bien.
Comme il est prêt de frapper, Géronte sort du sac, et Scapin s’enfuit.
GÉRONTE.- Ah infâme ! ah traître ! ah scélérat ! C’est ainsi que tu m’assassines.