Un nez qui fait mouche !

Monologue entré dans le panthéon du théâtre français, la tirade du nez est un sommet d'autodérision, une leçon d'esprit. Gros plan sur cet échange délicieux à fleuret moucheté...

1897 première de Cyrano de Bergerac au Théâtre de Porte Saint-Martin. Après un début plutôt froid, les premiers applaudissements retentissent à la fin de la tirade. Les spectateurs sont immédiatement conquis par la virtuosité et la musicalité de cette joute musclée. La scène a depuis traversé les siècles pour faire partie du patrimoine culturel.

Revenons à aujourd’hui. A la CMB, on a fait un sondage aux abords du théâtre. A la question : « Pouvez-vous me citer un passage de Cyrano de Bergerac ». Sans surprise, 90% des personnes interrogées nous ont répondu : “C’est un pic, c’est un cap…”

Acte 1 scène 4.

 

Provoqué par le Vicomte de Valvert sur la proéminence de son nez, Cyrano recadre le malotru en alexandrins bien sentis et devant témoins. Il jubile d’autant plus que Valvert est un prétendant de Roxane, à l’instigation de Monsieur de Guiche qui verrait en cette union une bonne occasion d’obtenir secrètement les faveurs de la belle. Cyrano pique alors Valvert… du nez !

A la fin de la tirade… il touche. Valvert est dans les cordes. Nous avec. Et l’on jubile que Cyrano ait la répartie aussi tranchante, celle qui nous manque parfois lorsqu’on est attaqué. En variant les tons, sa verve, son éloquence, son panache et son humour peuvent alors donner leur pleine démesure. Et vous, si vous aviez un complexe physique, comment enverriez-vous un moqueur dans les cordes ? Par une tirade ? Cyrano se grandit en se moquant de lui-même. Une belle leçon.

Truculent : “ ça, monsieur, lorsque vous pétuniez (fumez), 
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ?”

Empathique : “Aucun vent ne peut, nez magistral ;
 T’enrhumer tout entier, excepté le mistral !”

Naïf : “Ce monument, quand le visite-t-on ?”

Pratique : “Voulez-vous le mettre en loterie ? 
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !”