Dom Juan, Sganarelle et la médecine Acte 3 Scène 1

MIEUX QUE DOCTISSIMO, SGANARELLE

Pour les plus hypocondriaques d’entre vous, Doctissimo est en bonne place dans vos onglets favoris.

Un bouton, une plaque rouge, une toux. Vous vous précipitez sur le site, lisez les symptômes, parcourez les forums.

l’inquiétude monte, et tout bascule.

Vous êtes ma-la-de. Pire, incurable. C’est sûr.

Vite, allez chez le médecin. Ou pas ?

Et si c’était grave…

Avec internet, les docteurs n’ont jamais eu autant de clients… Pardon, de patients.

On ne jure aujourd’hui que par le méde-saint !

Quatre siècles en arrière, au 17ème de Molière, la médecine, bien moins avancée dans son savoir, ne jouissait pas vraiment du même succès.

Charlatanisme, ignorance, sorcellerie.

Le vin, l’opium et le tabac étaient même considérés comme des remèdes. Fumer guérit !

Molière en guerre contre les médecins ne s’est pas privé durant toute sa carrière de les soigner dans ses pièces.

Comme en témoigne, dans Dom Juan,  l’échange entre Dom Juan et son valet Sganarelle, déguisé en médecin.

 

 

SGANARELLE: Oui ? C’est l’habit d’un vieux médecin (…) cet habit me met déjà en considération, que je suis salué des gens que je rencontre, et que l’on me vient consulter ainsi qu’un habile homme ?

DOM JUAN: Comment donc?

SGANARELLE: Cinq ou six paysans et paysannes, en me voyant passer, me sont venus demander mon avis sur différentes maladies. (…) j’ai fait mes ordonnances à l’aventure, et ce serait une chose plaisante si les malades guérissaient, et qu’on m’en vînt remercier.

DOM JUAN: Et pourquoi non? Par quelle raison n’aurais-tu pas les mêmes privilèges qu’ont tous les autres médecins? Ils n’ont pas plus de part que toi aux guérisons des malades, et tout leur art est pure grimace. Ils ne font rien que recevoir la gloire des heureux succès, et tu peux profiter comme eux du bonheur du malade, et voir attribuer à tes remèdes tout ce qui peut venir des faveurs du hasard et des forces de la nature.

Dom Juan (la voix de molière dans ce passage) se moque de la médecine et ironise.

Sganarelle, l’amateur de tabac, jamais avare en théories fumeuses, naïf et crédule, défend ses vertus.

SGANARELLE : Il y avait un homme qui, depuis six jours, était à l’agonie; on ne savait plus que  lui ordonner, et tous les remèdes ne faisaient rien; on s’avisa à la fin de lui donner de l’émétique (du vin thérapeutique)

DOM JUAN: Il réchappa, n’est-ce pas?       

SGANARELLE: Non, il mourut.                                                                                                             

Dom Juan Acte 3, scène 1

DOM JUAN: L’effet est admirable.

SGANARELLE: Comment? il y avait six jours entiers qu’il ne pouvait mourir,

et cela le fit mourir tout d’un coup. Voulez-vous rien de plus efficace?

Prendriez-vous Sganarelle comme médecin traitant ?…

Artistiquement

J.P.

 

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